Valeriana – 100en1dia

Il y a des histoires comme celles-ci où tout fonctionne comme prévu avec une facilité déconcertante. Des histoires où finalement les embûches paraissent tellement minimes que l’on finit par les oublier. C’est l’histoire de Valeria, Valeriana pour ses amis, et d’un projet sobrement intitulé 100en1dia (littéralement « 100 en un jour »).

Pour être tout à fait honnête, cela risque d’être difficile de vous transmettre l’enthousiasme dégagé lors de cet entretien, mais nous allons faire au mieux.

Valeriana

Tout commence en 2012 à Bogotà. Valeria et plusieurs de ses connaissances font un constat simple : il y a des dizaines de collectifs à travers la ville travaillant de façon indépendante, c’est une opportunité inestimable pour solutionner des problèmes sociaux et éducatifs. Antanas Mockus a été une source d’inspiration pour eux. Vous ne le connaissez pas, et nous non plus à l’époque. Mathématicien (licence à Dijon, cocorico ?), philosophe et homme politique colombien, il a travaillé et lutté pour multiplier les interactions et favoriser la sécurité dans les rues de Colombie dans les années 90 et 2000 en tant que maire de la capitale. Une véritable icône : wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antanas_Mockus).

En 2012 donc, il y a différents problèmes à Bogotà pour lesquels ces collectifs oeuvrent séparément (circulation, communautés…). Trente personnes se sont alors réunies pour savoir comment faire afin de travailler tous ensemble. Parmi elles, des étudiants, des professeurs et un étudiant de la KaosPilots (là, on vous met juste un lien wikipédia parce que ça ferait trop d’apartés, mais jetez-y un oeil : https://en.wikipedia.org/wiki/KaosPilots). Et puis s’en suit une soirée un peu arrosée où quelqu’un déclare : « Pourquoi on ne ferait pas travailler tous les collectifs en même temps ? Pourquoi ne pas faire 100 interventions le même jour ? ». Accompagnées de rires, les réponses ne se font pas attendre. « Impossible » revient bien trop souvent, et pourtant…

Et pourtant, le jour suivant, certains réalisent que cela serait sûrement faisable malgré les difficultés, en particulier la police et le maire. « Think big » pense alors le groupe de 30. Des ateliers hebdomadaires sont alors organisés où quiconque souhaitant créer une intervention est invité. Cela peut concerner un trottoir délabré depuis des années qu’il faut reboucher, des feux à rajouter pour faciliter la circulation ou des séances de câlins gratuits entre passants d’un quartier difficile.

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Le 26 mai 2012, 3.000 personnes participent à l’évènement, mais surtout 200 interventions sont réalisées à travers Bogotà. « C’était un cadeau pour cette ville que nous aimons » nous raconte Valeria. Pourtant cette première édition est semée d’embûches puisqu’ils n’avaient aucune autorisation. C’est donc avec de faux papiers qu’ils ont justifié leurs actes auprès de policiers souvent bien trop crédules.

Parmi les interventions réalisées, il y a eu par exemple 100 faux mariages homosexuels, des arbres plantés ou encore la rivière San Francisco qui a été nettoyée. Ces actions ont changé des carrefours, des quartiers, la ville mais aussi et surtout, les mentalités.

Une équipe de 7 personnes, dont Valeria, s’est donc constituée pour gérer la suite du mouvement. Après Bogotà, ils pensaient que 100en1dia pourrait avoir un impact local voire national, mais sûrement pas plus. Invités dans le sud du pays pour une conférence TED, ils se sont alors dit « Pourquoi pas ici, à Pasto ? ».

La feuille de route et l’organisation générale de l’événement ont donc été structurées et rédigées pour garder une trace de tout ce processus de création et d’organisation. Pendant 4 à 6 mois, ils ont travaillé à la fois à Pasto et à Bogotà pour trouver des bénévoles souhaitant agir lors de cet événement. La seconde édition s’est passée comme la première, avec un succès tout aussi étincelant.

« Ce jour là, nous sommes devenu un mouvement viral. » nous déclare Valeria, 17 ans à l’époque. Les réseaux sociaux ont commencé à parler de nous et nous avons du nous organiser.

La même année, deux autres 100en1dia ont eu lieu à Chinou et à Cali, deux villes colombiennes de tailles totalement différentes. Des gens ont contacté Valeria et ses collègues pour savoir s’ils pouvaient faire leur propre événement dans leur ville.

Et puis en 2013, le premier événement hors de Colombie a lieu au Costa Rica à San José. Des gens du monde entiers les contactent. Suivent alors Copenhague, Malmö et la Russie. Aujourd’hui, 25 villes à travers le monde ont réalisé un 100en1dia, les deux derniers ayant eu lieu à Milan et à Rio de Janeiro. Environ 50.000 personnes ont pris part au mouvement.

« Avec le temps, nous avons compris qu’il y avait 2 types d’actions :
– les interactions : dont l’objectif est de créer un contact entre les gens.
– les interventions : dont l’objectif est l’amélioration structurelle. » nous raconte Valeria.

Et en fonction du pays ou de la zone, il y aura davantage d’interactions que d’interventions, et vice et versa. En Amérique du Sud par exemple, il s’agit plus souvent d’interventions pour faire changer les choses, tandis que dans les pays d’Europe cela sera plus tourné autour d’interactions pour permettre aux gens de se retrouver et de vivre ensemble.

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La licence est libre d’accès, et les manuels ainsi que l’identité graphique de 100en1dia sont disponibles pour quiconque souhaite réaliser une édition locale, tout en suivant évidemment une charte stricte. L’équipe se déplace d’ailleurs aux quatre coins du monde pour faire des ateliers : Mexique, Brésil, Canada et plus récemment Hong Kong où les bénévoles avaient peur d’agir à cause de la police locale et du gouvernement. Mais à la fin de la semaine d’ateliers, tous les projets étaient créés et ne demandaient qu’à être « libérés » (très bel exemple d’interaction à Hong Kong : une rue a été parsemée de cartes postales pré-timbrées, l’objectif étant que les passants envoient un mot à une personne aimée qu’ils n’ont pas contactée depuis longtemps).

Pour finir cet article, il fallait quand même passer par la case argent.. Vient donc la question du financement, mais la réponse est simple : il n’y en a pas. Ces mouvements sont organisés d’eux-mêmes et n’ont pas vocation à être payants ou à verser des salaires. C’est un moyen exceptionnel de donner de son temps, d’établir un réseau, de donner pour sa ville. Valeria résume cela en deux phrases : « Nous semons l’Amour partout où nous passons ! Tout est possible. ». Comment voulez-vous ne pas être enthousiasmé quand on vous raconte ce genre d’histoire…

Mais au fait, il n’y en a toujours pas eu en France. C’est une bonne excuse pour faire quelque chose de bien pour sa ville, vous ne pensez pas ? Si cela vous parle, n’hésitez pas à nous contacter !

*** ENGLISH VERSION ***

There are stories like this one where everything works as expected with ease. Stories where finally the pitfalls seem so small that you end up forgetting. This is the story of Valeria, Valeriana for his friends, and a project simply entitled 100en1dia (literally « 100 in a day »).

To be quite honest, it may be difficult to convey the enthusiasm reached during this meeting, but we will do our best.

It all began in 2012 in Bogota. Valeria and several of his colleagues understood a simple fact: there are dozens of collectives across the city working independently, it is an invaluable opportunity for solving social and educational problems. Antanas Mockus was an inspiration for them. You might not know him, and to be honest we did not at the time. Mathematician, philosopher and Colombian politician, he worked and fought for greater interaction and foster security in the streets of Colombia in the 90’s and in the 2000’s as mayor of Bogota. A true icon: Wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Antanas_Mockus).

In 2012, there were various problems in Bogota for which these collectives worked separately (traffic, communities …). Thirty people were then gathered to find out how to work together. Among them, students, professors and a student of Kaospilots (here is a wikipedia link because it’s worth knowing: https://en.wikipedia.org/ wiki / Kaospilots). During one of their parties, someone said: « Why don’t we all work simultaneously, together? Why not doing 100 procedures on the same day? » Accompanied by laughters, the answers seemed clear: « Impossible », and yet …

Yet the next day, some realized that this would surely be feasible despite the difficulties (the police and the mayor). This group started « thinking big ». Weekly workshops were organized so that anyone wishing to create an intervention would be invited. This could concern a broken pavement that should have been fixed years ago, lights to be added in the street or sessions of free hugs in a tough neighborhood.

On May 26, 2012, 3,000 people attended the event, but above 200 interventions were performed through Bogota. « It was a gift for this city that we love » tells us Valeria. Yet this first edition is full of pitfalls since they had no authorization. They justified their actions thanks to false papers with often too gullible policemen.

Among the interventions, there were so many things: 100 fake gay weddings, planted trees or the San Francisco river that had been cleaned. These interventions have changed intersections, neighborhoods, the city but above all, attitudes.

A team of 7 people, including Valeria, was therefore set up to handle the aftermath of the movement. After Bogota, 100en1dia thought they could have a local or national impact, but certainly not more. As they were invited as guests in the South of Colombia for a TED conference, they then said « Why not here in Pasto? ».

The roadmap and overall organization of the event have therefore been structured and written to keep track of the whole process of creating and organizing. In 4-6 months, they worked both in Pasto and Bogotá to find volunteers wishing to be at this event. The second edition was made as the first one, with an equally brilliant success.

« That day, we became a viral movement. » declares Valeria, 17 years old at the time. « Social networks have started to talk about us and we had to organize ourselves. »

The same year, two other 100en1dia were held in Chinou and Cali, two Colombian cities of totally different sizes. People have contacted Valeria and her colleagues to see if they could do their own event in their city.

And then in 2013, a first event was held outside Colombia, in Costa Rica, San Jose. People from the whole world started getting in touch with them: Copenhagen, Malmö and Russia. Today 25 cities around the world have achieved 100en1dia, the last two events having been held in Milano and Rio de Janeiro. About 50,000 people took part in the movement.

« Over time, we realized that there were two types of actions:
– Interactions: which aims to create a contact between people.
– Interventions. whose objective is the structural improvement « tells Valeria.

And depending on the country or area, there will be more interaction than action, and vice versa. In South America, for example, there are usually more interventions to bring some change, while in European countries it will be turned around interactions to allow people to get together and to live together.

The license, the textbooks and the 100en1dia graphic identity are available for anyone wishing to make a local edition, while obviously following a strict charter. The team also travels around the world to do workshops: Mexico, Brazil, Canada and more recently Hong Kong where volunteers were afraid to act because of the local police and government. But at the end of the week of workshops, all projects were created and were waiting to be held (beautiful example of interaction in Hong Kong: a street was dotted with pre-stamped postcards, the objective being that people send a note to a loved one they have not contacted for a long time).

To finish this article, we still had to go through the money side … But the answer is simple: there is none. These movements are organized themselves and are not intended to be paid in wages. This is an exceptional way to give of your time, to network, to give to your city. Valeria sums it up in two sentences: « We spread love wherever we go. Everything is possible. ». How can you not be excited when you tell this kind of story …

But as a matter of fact, there hasn’t been any in France. It’s a good excuse to do something good for your city, don’t you think? If this speaks to you, do not hesitate to contact us!

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