Les startups au Chili

Pour commencer avec notre vague d’articles en provenance de Santiago, il était difficile de ne pas commencer par cette belle rencontre avec Eloisa. Employée d’Empresa B, elle nous a tout simplement fait un cours sur la situation économique du Chili et tout ce qui a bâti et construit la société actuelle dans ce pays incroyable. Et Dieu sait qu’il y a à dire…

Commençons par la fin : tout ce qu’il s’est passé dans le pays au cours des 40 dernières années explique là où en est le Chili aujourd’hui tant au niveau économique que social. « Normal » ? On vous répondra « Mas o menos » ici (traduction : « Plus ou moins »). Ce qui suit est un très large résumé et peut-être sujet à des précisions, voire des points de vue légèrement différents. Accrochez-vous.

L’entrepreneuriat, et plus précisément l’entrepreneuriat social, est un nouveau phénomène au Chili. Pendant la Guerre Froide, le pays est soumis à la dictature de Pinochet au cours de laquelle la nation s’oriente vers la production de minéraux pour l’export, et l’import de produits finis. Puis arrivent les Chicago boys, un groupe de jeunes économistes qui mettent en place un nouveau plan macroéconomique pour privatiser différentes industries (eau, électricité…).

Vers la moitié du XXème siècle, la CORFO (Corporacion de Fomento de la Produccion) a été créée pour appuyer différentes dépenses propres à certaines industries (énergie, manufacture). Cette division du gouvernement a ensuite été rachetée entre 1973 et 1989 par des entreprises. S’ensuivent une crise et un effondrement économique dus à une dévaluation du peso.

De 1970 à 1973, les communistes ont rendu publique les industries, qui ont ensuite été reprivatisées en 1973. La pêche, l’agriculture fruitière et l’exploitation de minéraux sont alors les 3 seules industries qui ont su se relever.

Des alliances sont alors tissées sur la scène internationale. Suite aux crises asiatique et américaine en 1998 et 2008, le constat est simple : il est nécessaire de produire et ne plus être dépendant du marché mondial. Le pays mise sur l’entrepreneuriat social et le capital humain dont il dispose.

Pendant près de 20 ans, entre 1990 et 2010, la droite est totalement absente du pouvoir. Ce n’est qu’avec Sebastian Pinera qu’un premier changement arrive réellement avec la création de Startup Chile. « Il fallait pousser l’innovation entrepreneuriale et arrêter de vendre nos matières premières » nous raconte Eloisa.

Une initiative est mise en place pour permettre d’être plus compétitifs internationalement avec Pro-Chile (création en 1975), l’implantation de 90 bureaux dans le monde pour exporter les talents chiliens. Cette initiative est d’ailleurs incroyable : vous êtes entrepreneur au Chili et vous produisez un produit ? Contactez ces antennes qui vont alors faire tout le nécessaire pour vous permettre de vendre sur un nouveau marché. Cela semble simple sur le papier, mais ce rôle que l’on attribue souvent aux chambres de commerce et aux ambassades françaises à l’étranger n’est pas souvent efficace. Alors que là, contacts et aides sont au rendez-vous.

Une seconde initiative, Startup Chile, vise quant à elle à attirer les talents. L’exemple le plus parlant sera développé dans un prochain article (article sur BUREO à venir). Les ambassades (aux US ou en Australie par exemple) quant à elles proposent des scholarships au Chili pour amener davantage d’étudiants à venir étudier. Le gouvernement chilien a compris qu’il fallait multiplier ces échanges pour avoir des étudiants chiliens partout et des étudiants du monde entier sur son territoire.

Enfin, en 2015, 42 espaces de coworking (= espace de travail partagé) ont ouvert. Pour celles et ceux d’entre vous qui ne savent pas ce que ce chiffre signifie, c’est énorme.

La CORFO lance alors un programme de financement pour les startups, tandis que le secteur privé incite lui aussi à l’innovation. En résumé, la CORFO pousse à se lancer, et le secteur privé pousse à se développer. L’ASECH (Association des Entrepreneurs Chiliens) prend alors le parti des petits business pour faire changer les choses à coups de nouvelles lois avantageuses pour eux.

Vous suivez toujours ? Parfait.

Une dernière chose pour comprendre tout ce pêle-mêle d’initiatives pour promouvoir l’entrepreneuriat social : le caractère solidaire des chiliens, qui est réellement un pan de la culture chilienne.

Cela prend, entre autres, ses racines dans TECHO (traduction de TOIT), un projet lancé par le Padre Berrios, un père jésuite, à la fin des années 90. Son objectif : d’ici l’an 2000, éradiquer les campements et augmenter les standards de vie au Chili par la création de projets solidaires dans des écoles favorisées pour aider les populations défavorisées. « Le gouvernement ne nous aidera pas, aidons nous les uns les autres. » Ce mix entre les populations riches et les populations pauvres a permis une vision d’un nouveau monde. Ces enfants sont ensuite devenus des adultes. Ces adultes sont devenus les entrepreneurs d’aujourd’hui.

Berrios a réussi à changer la mentalité des riches, donc des politiques, donc des businessmen. Après l’époque de la dictature, l’image du businessman est passée du père de famille exemplaire au diable incarné. Le créateur, l’entrepreneur, est maintenant vu comme le futur du pays par l’ensemble de la population.

Récemment, des scandales et des histoires de corruption ont frappé le pays. Nous ne reviendrons pas dessus, mais vous pouvez être certains que ça conforte le pays dans ce tournant économique orienté vers l’innovation sociale issue de startups.

Si vous avez réussi à nous suivre jusqu’ici, bravo (et merci). Cette introduction était nécessaire pour la suite de nos articles. À très vite !

PS : Merci à Eloisa qui nous a accordé non pas 30 minutes, mais plus de 3 heures. Un vrai cours et une véritable leçon de réalisme à l’échelle d’un pays (d’ailleurs basée sur un livre écrits par des israéliens, autre exemple en la matière: « The Startup Nation »)

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